L'IA dans la communication : amie ou ennemie ?
Dans un monde de plus en plus connecté, l'IA bouleverse non seulement la manière dont nous interagissons mais aussi la façon dont nous comprenons notre environnement numérique de travail. L'impact est déjà notable et l’intelligence artificielle bouleverse les métiers de la communication.
L’Intelligence artificielle, un outil puissant, novateur et capable d’analyser une très grande quantité de données en quelques secondes (IA Analytique), de produire du contenu (IA Générative) et même d’anticiper certains éléments ou comportement (IA Prédictive). Aujourd’hui, l’IA s’est imposée dans le quotidien, que ce soit pour rédiger un mail, résumer un texte ou trouver des idées : elle est devenue indispensable et accessible à tous. Dans certaines entreprises, elle est même utilisée pour répondre aux clients, elle permet d’être plus productif et d’éviter certaines erreurs. Mais, cette rapidité a un revers : le ton est neutre, les phrases se ressemblent et la personnalité disparaît. On assiste à une forme d’uniformisation de la communication où tout est maitrisé et moins humain : pas toujours aussi sympathique qu’il n’y paraît.
Cette facilité d’utilisation donne l’impression que tout devient plus possible et sans trop d’efforts. Cela peut encourager une forme de paresse intellectuelle appelée parfois « l’économie de la flemme ». Plutôt que de réfléchir ou de chercher par lui-même, l’homme perd progressivement des compétences notamment les fameuses softkills … pourtant très appréciées en entreprise. A force d’utiliser l’IA de manière substitutive, elle devient un faux allié remplaçant au lieu d’accompagner. Flaubert, écrivain du XIXe, craignait que les nouvelles technologies d’écriture (la plume en fer) « fassent perdre leur âme » aux auteurs. Aujourd’hui cette inquiétude revient avec l’IA. Le propos de M. Champauzac et des étudiants et de l’équipe pédagogique du BTS Communication n’était pas d’oublier que le processus d’innovation cher à Schumpeter a montré ses effets positifs en terme de développement et création de valeurs, mais bien de comprendre et d’envisager l’IA avec tous ses atouts et …tous ses biais.
Contrairement à ce que cela pourrait laisser croire, l'IA fonctionne grâce à des algorithmes qui ne sont pas neutres. Deux IA différentes ne livreront pas la même réponse car elles ont été entrainées à « réfléchir » à partir des choix de conception faits par des personnes, des entreprises, des Etats.
L’IA ne peut penser par elle-même. Les biais cognitifs sont forcément des facteurs d’influence de la qualité des réponses fournies par l’outil IA et sur lesquels les utilisateurs doivent être plus formés. L’IA ne sait pas dire « je ne sais pas », elle utilise des mots issus du champ lexical de l’émotion mais ne ressent pas. Elle rassure, flatte en commençant les réponses aux prompts par « Oui, c’est bien cela mais …», « tu as tout à fait compris, pourtant … », …L’IA imite la communication humaine mais ne la vit pas.
Ainsi, même dans ses travers, l’IA peut sembler très humaine mais si on souhaite que l'être humain reste le communiquant, il doit définir les limites et l’usage de ce formidable outil tenu à sa disposition. La question interroge et renvoie à la dialectique du maitre et de l’esclave de Hegel, de l’aliénation de l’homme par la machine de Marx… Certaines œuvres de fiction avaient anticipé ces questions, comme le film : 2001, l’Odyssée de l’espace, montre une intelligence artificielle prenant une place trop importante face aux humains. Sans aller jusque-là, on peut déjà constater l’influence grandissante de l’IA.
Pour ceux qui ne serait pas férus de géopolitique, de sociologie, d’art cinématographique, de philosophie … reste un dernier argument. L’IA a aussi un impact écologique important (92 000 prompts sur une IA représentent environ 31 tonnes de CO2) : il est donc important de comprendre que ce n’est pas l’ordinateur face à face avec son utilisateur qui répond mais des serveurs situés sur toute la planète, générant des kilomètres de transmissions et échanges de données. Chacun doit réfléchir à utiliser l’outil de manière responsable avec des demandes claires, précises en limitant les échanges au nécessaire et en étant efficient… cela s’apprend. La rencontre a été ponctuée d’exercices, de mise en situation d’apprentissage générant des interactions de grande qualité selon l’intervenant qui a témoigné avoir passé un excellent moment au contact des étudiants.
En conclusion, l’IA représente une opportunité et un défi. Elle améliore l’information, la communication est plus accessible et plus rapide, mais elle peut appauvrir les échanges et les compétences si elle est utilisée sans recul. Tout dépend de la place et de l’usage que l’humanité choisira d’en faire. L’homo habilis devenu homo sapiens montre depuis toujours sa capacité à penser, à créer et à apprendre. A l’ère de l’homo numericus, l’intervention de B. Champauzac au lycée Condorcet devant une classe de futurs diplômés en Communication participe à cet apprentissage.